4 Septembre 2021

Les compétences les plus demandées pour devenir enquêteur

La profession d’enquêteur connaît un succès croissant car les opportunités d’embauche sont nombreuses, que ce soit dans le secteur privé ou dans l’administration publique. Quels sont les meilleurs profils ? Comment développer les bonnes compétences et quelles qualités mettre en avant pour trouver un emploi dans le domaine ? Focus sur une profession très diversifiée où les enquêteurs qui font preuve d’ouverture d’esprit, de sens relationnel et de culture générale se font une place de choix.

Pour devenir enquêteur ou enquêtrice, il faut d’abord savoir appliquer les techniques et les méthodes d’enquête enseignées à l’université, comme au sein du certificat en enquête et renseignement de la Faculté de l’éducation permanente (FEP). Mais, au-delà de ce savoir-faire c’est tout un savoir-être qu’il faut développer et qui fera la qualité d’un ou d’une bonne enquêtrice. La formation est importante, bien sûr, mais c’est la personnalité de l’enquêteur ou de l’enquêtrice et sa volonté d’apprendre, de s’intéresser à l’enquête, qui feront la différence pour beaucoup d’employeurs.

Tous les enquêteurs d’une même équipe n’ont pas à avoir le même profil non plus. Avec des crimes et des délits de plus en plus divers du fait de l’évolution technologique, les profils d’enquêteurs varient et donc leurs compétences aussi. Selon qu’il s’agisse de crime organisé, de délit financier ou de terrorisme, les enquêtes ne se font pas de la même manière. Les équipes sont donc constituées de profils différents. Par exemple, une équipe d’enquêteurs financiers peut réunir des criminologues et des avocats, mais aussi des informaticiens et des financiers. Cette diversité permet de mandater l’avocat de l’équipe sur des recherches juridiques et le financier sur des outils financiers et d’être, au final, plus efficace. Évidemment, chaque personne qui mène une enquête finit par devenir experte du domaine dans lequel elle enquête, mais il serait plus facile, selon les employeurs, de former un financier à l’enquête qu’un enquêteur à la finance. Ce qui rend justement cette profession passionnante, c’est que l’apprentissage est constant.

Un bon sens relationnel

Selon Guillaume Louis, responsable du programme et chargé de cours au sein du certificat en enquête et renseignement de la FEP, de toutes les qualités de celui ou celle qui aspire à être enquêteur, une seule est essentielle au point que son absence devient rédhibitoire : l’humanité. « Sans elle, le détective se trouvera démuni car incapable d’interagir. Or, l’enquête n’est autre chose qu’une multitude d’interactions : humaine, sociale, juridique. Ainsi, un esprit acéré mais dépourvu d’humanité et donc de bon sens relationnel peut composer un très bon personnage de roman policier mais non un bon enquêteur » explique-t-il.

Danielle Dagher, diplômée du certificat en enquête et renseignement de la FEP et enquêtrice dans une compagnie d’assurance partage son analyse. « Apprendre à établir un lien avec les gens permet de créer un climat de confiance propice à la conversation. C’est essentiel pour recueillir les bonnes informations quand on mène une enquête » partage-t-elle. 

Ce sens relationnel est essentiel à la collecte de preuve, mais aussi au bon fonctionnement d’une équipe, car contrairement à ce qu’on peut voir dans beaucoup de séries policières, l’enquête n’est en général pas le travail d’une seule personne ou d’un binôme. Elle résulte d’un travail en équipe.

Savoir bien rédiger

Le quotidien d’un enquêteur ou d’une enquêtrice ne se limite pas à la collecte et à l’analyse de preuves, comme expliqué dans cet article sur le quotidien de la profession d’enquêteur. Il faut également rédiger des demandes d’autorisation judiciaire ou des rapports d’enquête allant parfois jusqu’à 70 pages. Par exemple, pour obtenir une autorisation judiciaire pour un mandat de perquisition, il faut faire cette demande par écrit et être clair sur la raison et la manière dont cela va être exécuté. Cette autorisation est capitale pour la suite du déroulement de l’enquête. La capacité à vulgariser et à convaincre par écrit est donc une compétence majeure à posséder.

Avoir des bases en droit

Même s’il n’est pas nécessaire d’avoir étudié en droit, l’enquêteur doit connaître la loi relative aux enquêtes et surtout, la jurisprudence. C’est pourquoi d’ailleurs, le certificat en enquête et renseignement de la FEP débute par un cours en droit des enquêtes civiles et un cours en droit des enquêtes administratives et pénales.

Beaucoup d’enquêteurs et enquêtrices ont pour lectures de chevet la jurisprudence. Leur terrain d’action se situant dans un cadre défini par la jurisprudence, il est important de se tenir au courant puisque celle-ci évolue chaque année. Il est donc important de savoir ce qui se passe au Québec et ailleurs et de lire avec une certaine aisance de la documentation juridique. Un certificat en droit ou un microprogramme en droit peuvent aussi être de très bons compléments de formation à avoir.

Une bonne culture générale

Pour obtenir les bonnes informations, il faut s’introduire dans divers milieux et surtout, avoir le réflexe de faire des recoupements avec d’autres sujets d’ordre plus général. Connaître les scandales financiers récents ou avoir entendu parler du rachat soudain d’une multinationale, bref, lire la presse, peut s’avérer utile quand on enquête sur un crime financier par exemple et que l’on veut savoir à qui profite le crime. La culture générale, au moins dans le secteur dans lequel on enquête, peut donc être un vrai atout, à l’image de l’inspecteur de police du film Seven de David Fincher, qui comprend qu’il a affaire à un tueur qui tue selon les sept péchés capitaux en lisant la Divine Comédie de Dante. Certes, il n’est pas nécessaire de maîtriser toute la littérature italienne du Moyen-Âge pour mener à bien son enquête, mais une bonne culture générale peut aider.

« Une enquête est une histoire dans l’Histoire, donc prétendre résoudre la première sans égard pour la seconde conduit nécessairement vers l’impasse. Une bonne compréhension de l’environnement général dans lequel se sont produits les faits est absolument incontournable. S’il n’est pas possible de hiérarchiser les qualités que doit présenter l’enquêteur, indubitablement, la curiosité est le moteur de la profession puisque c’est à travers elle qu’il va enrichir son bagage » explique Guillaume Louis.

Une aisance avec les nouvelles technologies

Les infractions ne sont pas toujours de nature technologique, mais, de plus en plus, les preuves résident dans des outils technologiques comme un téléphone cellulaire ou le cloud. Comme pour beaucoup d’autres professions, l’utilisation d’outils technologiques est indispensable. Il est donc nécessaire d’être capable d’utiliser les réseaux sociaux ainsi que certains logiciels et autres outils d’analyse.

La résistance au stress et à la pression 

Quand on procède à une enquête épidémiologique dans l’urgence d’une pandémie, il se peut que la pression soit forte. Il arrive également que l’enquêteur ou l’enquêtrice se fasse contre-interroger pendant deux ou trois jours lors d’un procès, parfois devant le public ou les caméras ou que la personne ait un mandat de perquisition et soit devant la porte d’un suspect à 6h du matin. Il faut savoir composer avec le stress et travailler sous pression. Certes, tous les membres de l’équipe n’ont pas toujours à vivre cette pression. Si certaines personnes le vivent mieux, elles pourront se voir attribuer certaines tâches plutôt que d’autres, grâce à la diversité au sein de l’équipe. Les tâches de l’enquêteur sont tellement diversifiées que certaines équipes nombreuses peuvent composer avec les forces et faiblesses de chaque membre de l’équipe, mais ce n’est pas toujours le cas pour toutes les équipes.

Accepter les critiques et être capable de changer de stratégie

L’enquêteur ou l’enquêtrice doit constamment remettre en question l’hypothèse de départ. Il s’agit d’une véritable gymnastique intellectuelle pour ne rien laisser de côté, puisqu’il lui faudra rendre des comptes lors du rapport d’enquête. Il faut donc être ouvert à la critique au sein de son équipe, et même à l’extérieur de son équipe, puisque selon les secteurs, il peut y avoir des contre-enquêtes.

« Le défi pour l’enquêteur, c’est de ne pas tomber dans une vision tunnel. » explique Danielle Dagher. Elle poursuit : « c’est un des enseignements que je retiens de mon certificat en enquête et renseignement et qui s’avère vrai dans chacune de mes enquêtes : il faut constamment envisager d’explorer d’autres hypothèses. Dans le cas de mon entreprise en assurance, il faut même envisager qu’il n’y ait pas eu de fraude et accepter de fermer le dossier sans qu’il y ait de coupable. ».

Quant à Guillaume Louis, il rappelle que c’est le travail de l’hypothèse qui est à la base même du processus logique de l’enquête : « si dans un premier temps l’enquêteur est appelé à formuler toutes les hypothèses, il doit rapidement tourner son attention – et ses efforts – vers celle qui lui semble la plus probable. Toutefois, et pour de nombreuses raisons, il se peut que ce principe de sélection de l’hypothèse la plus vraisemblable soit contaminé par certains biais cognitifs, individuels ou organisationnels, que l’enquêteur doit savoir reconnaître pour réorienter au besoin son analyse et ses stratégies. C’est la raison pour laquelle je répète à loisir à mes étudiants et étudiantes que l’enquêteur doit avant tout être passé maître dans l’art de s’interroger ».

La patience et l’organisation

Quand on mène une enquête, il faut être patient et méticuleux car on doit passer des documents au peigne fin, mais surtout, il faut être bien organisé. « On gère souvent des quantités de données incroyables lors d’une enquête et surtout, de toutes sortes : des factures, des enregistrements téléphoniques, des filatures... L’organisation est essentielle, c’est pourquoi il faut vraiment prendre ses notes au fur et à mesure que l’enquête avance pour que son dossier soit complet à tout moment. » confie Danielle Dagher.

La rigueur est à ce point déterminante dans les chances de résolution des dossiers qu’elle constitue logiquement un élément central du programme du certificat en enquête et renseignement, où les étudiants et étudiantes doivent appliquer les modèles les plus aboutis d’organisation de l’enquête notamment quant à la tenue d’un registre des démarches d’enquête ou encore de gestion des exhibits, les éléments obtenus au cours de cette dernière.

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