Blogue facultaire 4 Février 2019

Apprendre à tomber, une protection contre le suicide

Ce que dit la recherche

La recherche nous dit que les ruptures amoureuses et les pertes personnelles sont les déclencheurs les plus fréquents des conduites suicidaires.  Elle nous informe également que le soutien social constitue un solide facteur de protection face au suicide.  Enfin, elle nous apprend que la honte d’avoir besoin des autres ou de ne pas correspondre à une image idéale est souvent en trame de fond de l’expérience suicidaire et complique le recours à l’autre.

Ce que la société transmet et ce qu’elle ne transmet pas…

Dans notre société dont le fonctionnement est basé sur la performance, l’excellence, la réussite et l’autonomie, où le discours invitant au dépassement de soi s’apparente plus à une négation des limites, où reconnaitre ses limites équivaut à être limité, où le deuil n’a pas sa place, l’expérience de l’échec et du deuil deviennent difficiles à intégrer.  Or, l’adage dit plutôt qu’on apprend de ses erreurs.  Si l’éducation des jeunes s’est modelée à ces valeurs sociales dans le but de favoriser leur épanouissement, de protéger leur estime personnelle, de les encourager à rêver plus grand, mais souvent autrement que ce qu’ils désirent réellement, de leur épargner la souffrance de perdre en les écartant du processus de la maladie, du mourir et du deuil, elle les a très mal préparés à perdre, à situer le sens de leur vie dans la continuité du développement, elle ne leur a pas appris reconnaître leurs limites de façon réaliste, ni à tomber et se relever d’un échec.  L’échec, expérience pourtant bien humaine et universelle, gravée au cœur du vivre, est plutôt associé aux perdants, les « loosers », comme on dit.  Si se battre est encouragé pour apprendre à dire non, se tenir debout, défendre ses droits et se protéger ou pour tailler sa place, c’est malheureusement au détriment de l’expérience toute aussi naturelle de pleurer les pertes qui reste encore le lot des « faibles ».  Le lent travail d’apprendre à quitter, à accepter, à renoncer, à changer de cap n’est pas « gagnant ».  Nous gagnerions peut-être davantage à nous laisser inspirer par le succès du film « Inside out » qui réhabilite la tristesse au rang des émotions adaptatives afin de donner toute sa place à l’expérience dépressive, devenue anormale et honteuse. C’est une question de santé publique que d’adresser cette voie barrée au deuil puisqu’elle sous-tend les conduites suicidaires.  Quand l’expérience dépressive, pourtant inévitable et maturative, force de développement, est évacuée de la vie, c’est la dépression qui guette et, ultimement, le suicide.

Apprendre à perdre

Ce que la société ne parvient plus à entendre, reconnaître et transmettre, est vécu dans la solitude et la honte.  Si l’on veut développer la résilience des jeunes, il faudrait cesser de les surprotéger, leur permettre de tomber et leur apprendre à perdre et à se relever des échecs.  Accueillir l’échec comme un événement normal de la vie qui nécessite réflexion, car à défaut de penser la perte, on la devient.  Et certains en meurent. 

Des activités pour prévenir le suicide sur le campus ou ailleurs

Dans le cadre de la semaine nationale de prévention du suicide, le Centre de santé et de consultation psychologique de l’Université de Montréal organise cette année encore plusieurs activités.  Ces activités visent à donner de l’information sur l’expérience suicidaire, les façons de venir en aide et à inciter à une réflexion sur les conditions qui favorisent la santé mentale et à celles qui y nuisent.  Si vous êtes intéressé à participer à l’une ou l’autre de ces activités, vous pouvez vous inscrire ici.

Source

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